Vorstius (Vorst) Conrad (1569-1622) partie II

Publié le par didier Le Roux

Vorstius fit une réponse à ce jugement Synodal qui était assez bien tournée, mais les Etats de la province lui ôtèrent cette fonction, et le bannirent pour jamais. On ne sais pas bien où il s’en alla, mais il se tint caché pendant deux ans, et se vit plus d’une fois en péril de mort, et y ayant plusieurs personnes animées d’un zèle emporté, qui s’imaginaient qu’il ne fallait pas laisser vivre un tel personnage.  A ce sujet, il est dit qu'il y eut des gens qui se firent une affaire de découvrir où il logeait, afin d’aller l’apprendre à ses ennemis. Il fallut qu’il changeât souvent de demeure, et qu’il tienne une échelle toute prête des fenêtres, en cas que l’on voulait forcer la porte, et quelque fois cela ne pouvait pas le rassurer, parce que des gens armés étaient autour de la maison, et par devant et par derrière. Cela faisait que plusieurs personnes n’osaient pas lui fournir un logement. Il n'y a pas de garantie véritable de ces faits, ils sont donnés tels que l'on peut les lire dans Gualtherus. C’était alors qu’il avait le plus grand sujet de souhaiter l’Epitaphe, qu’un Poète de ses amis suppose qu’il souhaita quelques années auparavant.  

 

At vos posteritas tumulo bac inscribite verba,

 l’ostbuma fortune signa futura mee

Nulla Reformata mibli pars dilectior unquam,

Nulla Reformata pars minus equa mibi.

 

Le commentateur dit qu'on peut faire une remarque considérable sur les mauvais effets du zèle de la Religion : c’est qu’il ôte les remords du crime, et met un homme hors d’état de recourir à la seule voie par où l’on obtient le pardon de ses péchés. On ne l’obtient que par le moyen de la repentance. Ceux qui voulaient battre Vorstius, le piller, l’assassiner, le traîner dans un cachot, le couvrir d’injures, croyant faire une bonne action, et  rendre un très bon service à Dieu : ils n’avaient donc garde d’être poussé par leurs remords à recouvrir à la clémence céleste, ils mouraient donc impénitents. On devrait faire attention à ce précipice, lors qu’on échauffe les esprits de la populace contre les Docteurs errants.

 

Enfin, un Duc de Holstein ayant recueilli dans les Etats les débris des Arminiens, et leur ayant assigné un lieu pour y bâtir une ville, Vorstius se vit en sureté et en repos, car il se retira dans ce pays dans le mois de juin 1622. Le Duc l'a reçu avec des grandes marques de sympathie, et en fit un Chapelain. Il tomba malade peu après, au bout d'une dizaine de jours, il mourut à Tonningen le 29 septembre 1622. Il donna de grandes marques d’une pieuse résignation à la volonté de Dieu en sortant du monde, et l’on prête qu’il avait été toujours pénétré de dévotion, et servent dans l’oraison.  Son panégyriste dit des merveilles de la patiente que Vorstius témoigna, au milieu des invectives qui lui pleuvaient sur la tête. Il ajoute qu’on le trouvait souvent à genoux dans l’exercice de la prière. Il n’y a point de vertus Chrétienne dont on ne le représente éminemment revêtu. Son corps fut porté à Friderichstad, la nouvelle ville des Arminiens, où on lui fit des funérailles assez pompeuses.

 

 

Il avait publié plusieurs livres, tant contre les Catholiques Romains, que contre les adversaires, que contre les adversaires qu’il eut dans le Parti Protestant. Deux, sont particulièrement remarqués, un Recueil de diverses Thèses de Théologie, et l’autre le fameux et pernicieux Traité de Deo, feu Disputationes decem de natura attributis Dei, diverso tempore Steinfurti batitoe. Avant qu’il publie celui-ci, on avait vu son Idae feu brevis Synopsis totius facroe theologie : un livre de prières en Allemand : ses disputes de causis deferendi Romani Papautus : son Index Errorum Ecclesioe Romane. On vit paraître, dans l’an 1610, son Anti Bellarminus contractus, feu brevis Refutatio quatoe tomorum Bellarmini. Ses autres écrits furent faits depuis qu’il se fut transporté aux Pays Bas, et concernant les Disputes Arminiennes, ou plutôt son traité de Deo. Il s’éleva contre lui un essaim de plumes qu’il repoussa le mieux qu’il put pendant quelques temps, mais enfin il fallut céder au nombre, et à la lassitude de répéter les mêmes choses. Ses plus ardents ennemis furent des Frisons, comme Bogerman Ministre de Lecwaarden, et Sibrand Lubbert Professeur en Théologie à Francker.  Il écrit contre ce dernier Catalogus Errorum Sibandi, à na pas confondre avec l’Exegesis Apologetica pro Tractatu de codeur, qu’il publia en 1611, ni de son Prodromus adversus criminationes quorumdam fratrum, ni du Plenius Responsure ad casdem illas criminationes. Il ne répondit rein à Sopingius Ministre des Frisons, ni à Brokerus Ministre dans le nord des Pays Bas, mais il en usa autrement envers un Anglais nommé Mathieu Stadus, qui s’était rué sur lui avec une terrible furie. Il lui fit une Réponse qui fût imprimé à Tergou en l’an 1615. Ce Stadus était Recteur de l’école d’Amsterdam, et voulu prendre la plume en faveur du Roi et son Maître, qui avait demandé aux Etats que l’on chassa Vorstius : je parle de Georges Eglisemmius, Médecin Ecossais qui demeurait à la Haie, et qui publia Crisit Hypocrifis Vorstiani Respousi, où il l’accusa devant les Etats  juridiquement d’Athéisme, de Paganisme, de Judaïsme, de Turciser, d’Hérésie, de Schisme, et d’Ignorance. Il lui envoya divers cartels de défi, pour l’obliger à comparaître et à se défendre, et s’adressant aux Etats il leur dit qu’il demande et qu’il attend un examen de rigueur, et qu’il faut que Vorstius, ou que ses accusateurs soient châtiés.

 

C’était pour en venir au fait : il n’y a rien de plus rare que de voir les calomniateurs, en matière d’Hérésie ou d’impiété, recevoir la peine qui leur est due. On croit qu’il suffit d’absoudre les innocents, et au lieu de faire souffrir à l’accusateur la peine du talion, on le remercie quelques fois de son grand zèle, ou bien l’on se contente de l’avertir qu’il ne faut pas aller si vite. Quoi qu’il en soit, le Médecin prenait bien la chose, mais il était assuré qu’il ne risquait rien, pour quelques absurdités et contradictions que fut son accusation : les menaces que le Roi James I avait fait faire à la République des Provinces Unies, si elles soutenaient Vorstius, étaient de toute crainte pour les accusateur.

Il ne faut donc pas s’étonner que Vorstius ait laissé tomber les défis de l’Ecossais, homme qu’il pouvait d’ailleurs abîmer en trois mots. Il n’avait qu’à lui dire, "Vous m’accusez d’Athéisme : ou selon vous ma doctrine est Judaïque, Musulmane, Hérétique, et il est clair comme le jour que les juifs, les musulmans, les hérétiques ne sont point Athées : donc par les propres termes de votre accusation, je suis innocent à l’égard de l’Athéisme, si vous gagnez votre procès à l’égard de l’Hérésie, je devrais être cassé aux gages, mais par la loi du talion vous devriez souffrir la mort".  L’Ecossais se ferait moquer pour cette attaque, et sans avoir honte de ses calomnies, fier de son impunité, il eût joui d’un plein triomphe, pourvu seulement qu’on eût convaincu d’hérésie son adversaire. Il y a quelques œuvres posthumes de Vorstius, des commentaires sur l’Ecriture, etc..

 

…Il se mêla sans doute beaucoup de passion dans les querelles qu’on lui suscita, mais au fond on  n’avait pas trop de tort de le soupçonner d’un grand penchant vers le Socinianisme. Les sociniens lui offrirent une Profession en Théologie en 1601 et lui envoyèrent Jérôme Morscorovius pour traiter de cette affaire. Ce n’est pas une preuve convaincante de son Socinianisme, il faut en convenir, et l’on peut voir son Apologie dans une lettre qu’il écrivit à Uyttenbogard, mais dira t-on comme Sandius, qui assure qu’ayant douté quelque temps, s’il placerait Vorstius par les auteurs Unitariens, il n’a plus hésité après avoir vu les confessions que Vorstius faisait imprimer le Traité de Faust Socin de Autoritate Sacre Scripture , y joignit une préface de sa façon, et il lui donne le livre qui a pour titre "Compendiol Doctrine Socinianorum," que Cloppenbourg a réfuté, et attribué à Ostorodus et Voidovius. De toute façon, il n'y a que la Confession écrite et signée sur le lit de mort, qui ait de la force. Un écrit de cette nature, il faut l’avouer, confirme très puissamment les soupçons que l’on avait formé contre lui tant d’années, mais cela n’empêche pas qu’on ne puisse conjecturer, que les traverses et les disgrâces qu’il souffrit, achevèrent ce qu’un génie trop curieux et trop novateur avait commencé. Il peut être dit que peut-être, il devint bien Socinien, à force de se voir accusé de cette hérésie, et mal traité pour ce sujet, et qu’il se serait guéri de ses fantaisies particulières, s’il eût trouvé dans l’Eglise Réformée un repos glorieux. Il n’y a rien qui indispose davantage contre l’Orthodoxie, que d’en être persécuté. Je crois même qu’il arrive assez souvent, en matière d’hérésie, ce qui n’est que trop ordinaire par rapport à l’amitié et à la fidélité.

On enseigne aux gens à être infidèles, si on les soupçonne de l’être déjà. Un mari jaloux et soupçonneux mal à propos s’attire souvent le déshonneur qu’il eût prévenu par une conduite sans ombrages. Voilà donc ce que gagnent quelquefois certains criards qui ne peuvent pas voir qu’on leur propose des difficultés, ou qu’on s’éloigne de la tradition, qui ne peuvent, dis-je, voir cela sans former de mauvais soupçons contre leur prochain, et sans le rendre suspect à toute la terre : ils sont cause qu’il devient ce qu’il n’était pas. Plusieurs causes produisent ce changement : or  il serait beaucoup plus utile et moins scandaleux de ne pas en venir à la rupture. Cependant il y a des occasions où l’on rend beaucoup de service à la cause, en criant contre les personnes suspectes : c’est lors qu’elles se proposent de pervertir tout sous le faux visage d’ami, et à la faveur d’une belle réputation. Qu’on a de la peine à trouver de bonnes règles ! La même conduite est quelquefois pernicieuse, et quelquefois avantageuse.

D'être socinien, peut être en aurait t-il fait profession ouvertement, s’il n’eût suivi la maxime que les Catholiques Romains allèguent contre les Réformateurs, savoir que quand on se persuade que l’Eglise à besoin d’être réformée, il faut demeurer dans la Communion, afin de travailler plus heureusement à la guérir. Il fit un grand tort au Parti Arminien. Ils crurent avoir fait un bon coup, en obtenant que Vorstius succédât à Arminius dans la Profession de Leyde, et il se trouva que rien ne fut plus avantageux aux adversaires des Remontrants. Vorstius donnait tant de prise, par sa nouvelle manière de dogmatiser sur les attributs de Dieu, et il fut si aidé de soulever contre lui les soupçons publics, qu’on n’eut pas beaucoup de peine à le rendre odieux. Après quoi il fut très facile à des gens qui ne manquaient pas de zèle, ni de langue, ni de plume, de faire tomber sur le Parti Arminien toute la haine que l’on avait excitée contre le nouveau Professeur. On n’avait qu’à représenter l’empressement des amis d’Arminius, pour faire venir à Leyde ce personnage. C’est ainsi que la Providence de Dieu se plaît tous les jours à confondre la prudence humaine. Ce à quoi l’on travaille le plus ardemment, comme sujet pour la plus solide de nos espérances, est la plus part du temps ce qui nous ruine. Il faut bien remarquer que quand les amis d’Arminius posèrent leur intérêt sur le Professeur de Steinfurt, ils le croyaient tout à fait pur de l’hérésie Socinienne, mais était-il aidé d’en convaincre les gens prévenus, ou d’empêcher que ces mêmes gens ne persuadassent le contraire ? Il est assez vraisemblable, qu’Arminius et les Docteurs de son opinion eussent rendu un très grand service à leur cause, s’ils avaient gardé un profond silence. Leur cinq Articles sont de nature à s’insinuer d’eux-mêmes : il serait arrivé, dit-on, au Calvinisme, la même chose qu’au Luthéranisme, il se serait trouvé infidèlement Arminien, si on eût laissé faire la nature. L’ancienne Eglise n’était pas des mêmes sentiments que Saint Augustin. Ce père fut cause qu’elle embrassa la doctrine qu’on nomme aujourd’hui le Calvinisme, mais elle revint insensiblement au premier état. Si l’on voit la doctrine de la Prédestination avec les suites fortement soutenues dans le Parti Réformé, c’est à cause que les disputes y ont causé deux factions, et un schisme qui subsistât. L’Eglise Anglicane qui s’est considérée comme un corps à part, et détaché de celui où ce schisme s’est formé, n’a pas été préoccupée du zèle ardent que la dispute avait fait naître dans l’esprit des Contre-Remontrants : ainsi elle a coulé peu à peu vers des hypothèses mitigées et bien différentes du Calvinisme. La même chose serait arrivée aux Pays Bas, si Arminius n’eût point formé de Parti. Voilà ce qui fut dit à plusieurs reprises à des gens de tête, sans pour autant y apporter un jugement de raison.

                Il y aurait seulement grand tort de prétendre que les disputes de l’Arminianisme n’ont pas excité beaucoup de désordres parmi les Théologiens Anglais, car il y a eu des termes où ceux qui étaient suspects de favoriser cette secte ont souffert la persécution. M. Desmaizeaux communiquait sur cela plusieurs faits curieux, qu’il a tiré de quelques livres anglais. Il ne faut donc pas qu’on se figure que l’Eglise Anglicane ait été exempte de contestations sur les matières de la Grâce, elle y eût sa bonne part, et même avant le Synode de Dordrecht, mais il faut pourtant avouer deux choses, l’une qu’avant ce temps-là, il était laissé beaucoup plus libre aux théologiens anglais, qu’à ceux des autres pays, de ne pas suivre l’hypothèse de Calvin sur la Prédestination, et, et sur l’extinction du franc arbitre, l’autre que depuis le rétablissement de l’Episcopat, sous Charles II, les disputes sur ces points-là n’ont pas fait beaucoup de bruit dans la Grande-Bretagne, on ne s’y est pas fortement querellé sur ce chapitre, et c’est à la faveur de ce calme que la doctrine d’Arminius s’est accrue et répandue. Ceux qui l’ont goûtée n’ont pas harcelé les autres, et ils les ont disposés par cette modération, à n’avoir pas tant de zèle pour le Synode de Dordrecht.

En fait, les Députés d’Angleterre au Synode de Dordrecht furent les principaux promoteurs de la proscription de ce Professeur. Il y allait de la gloire de leur Maître, et la réputation de sa science. On retrouve quelques particularités sur ce sujet-là. Le bruit s’étant répandu que ce Professeur serait nommé de comparaître à ce Synode, l’un des Députés d’Angleterre écrivit tout aussitôt à l’Ambassadeur, que le Roi James I avait à la Haie, et l’exhorta puissamment à se servir de son crédit auprès du Prince d’Orange, et auprès du Comte Guillaume, pour faire que cette procédure ne retardât pas la proscription de Vorstius. Il lui suggéra l’expédient dont il fallait le servir, ce fut de conseiller à ces deux Princes de ne pas souffrir que le Synode s’engageât dans une discussion, avec ce Théologien, ou le reçut à donner des explications et des éclaircissements de la doctrine ? Cela eût fait perdre trop de temps. Le Député anglais souhaitait que la Compagnie déclare que tous ceux qui la composent aient lu le  livre de Vorstius, et l’aient condamné, et qu’il ne reste plus à l’auteur que de se rétracter de ses sentiments, et que de demander pardon à Dieu et à son Eglise assemblée en ce lieu là. Le conseil du Député d’Angleterre contenait ceci, qu’au cas que Vorstius se rétractât, et demandât un tel pardon, on le reconnût pour frère, mais qu’autrement la Compagnie du Synode le châtiât comme elle voudrait. Ce Député souhaitait qu’elle veuille bien excommunier Vorstius publiquement, et il recommande toutes ces choses à l’Ambassadeur du Roi James I. Le Président du Synode ayant demandé aux Députés d’Angleterre, s’ils trouvaient bien que Vorstius fût ajourné à comparaître dans l’Assemblée, et quelle était sur cela l’intention de Sa Majesté Britannique, ils répondirent qu’il fallait consulter son Ambassadeur, il qu’il leur semblait qu’on trouverait fort mauvais qu’une personne fût condamnée sans avoir été entendue. Ils ajoutèrent que pour éviter les longueurs, il ne fallait pas souffrir que Vorstius se défendit, ou qu’il expliquât ses propositions blasphématoires : qu’il ne lui fallait répondre que par oui, ou non, et par demande s’il était prêt d’abjurer.

Voyons ce qu’ils firent quand on recueilli les suffrages pour le jugement de Vorstius. Ils le déclarèrent indigne du Nom et de la Charge de Professeur orthodoxe, et ils demandèrent que son livre de Deo fût brûlé, et ils lurent le Décret par lequel cet Ouvrage-là avait été condamné à cette peine en Angleterre. Dans différents endroits on voit les correspondances continuelles du Synode et de la Cour. Les Arminiens ont bien criés contre cette sympathie des Empires, le  Civil et l’Ecclésiastique, et contre cette concorde de la Royauté et du Sacerdoce sur laquelle, disent-ils souvent, on ferait un tout aussi gros livre que celui de Marca. Mais que veulent-ils que l’on fasse ? Telle est la condition des choses humaines, que sans la concours des deux Puissances on ne peut presque jamais réussir dans de semblables affaires. Cela fait du bien à la bonne cause en certains pays, et du mal en d’autres. Patience !

didier Le Roux

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