Radziwill Nicolas ou Mikolaj V Czarny (le noir) : (1515-1565)

Publié le par didier Le Roux

Radziwill N. fait partie de la troisième branche dite « Princes d’Olyka et de Nieswiez ». Cette branche est considérée la plus importante et eut un rôle déterminant dans l’histoire de la Pologne dont son influence se retrouve jusque dans le vingtième siècle. Radziwill N. , à justes raisons fut l’un des membres les plus exceptionnels pour son dynamisme et sa générosité.

    De sa prime enfance, nous avons peu d’informations qui nous soient parvenues.
Sa naissance est datée au 4 février de l’année 1515 dans le district de Nieswiez (Niasviz), Son père était Jan Mikolaj (décédé en 1522), Castellan (Kasztelan en Polonais, qui souvent indiquait la subordination au voivod ou prince et des fonctions), de Troki. Ses études auraient été faites à partir de son domicile et complétées par une expérience empirique pendant les années de fréquentations à la cour royale de Cracovie où il connut le futur roi Sigismond Auguste.

    Radziwill N. et le pouvoir :

    Les circonstances firent que sa cousine Barbara Radziwill épousa le roi Sigismond Auguste II (1548-1572).
Ce mariage amplifia les bons sentiments du roi à son égard et en fit un puissant conseillé royal. C’est sans limite que le roi lui fit grandes grâces, lui attribuant plusieurs titres honorifiques. Il est à ne compter pas moins à ses titres celui, en 1544 de grand maréchal de Lituanie, en 1550 de grand chancelier de Lituanie, palatin de Wilno et de Hetman (titre second juste après celui de monarque du grand Duché de Lituanie de commandant des forces militaires).
En raison de missions diplomatiques auprès de Charles V et Ferdinand I, il fut honoré du titre de prince (équivalent à Baron ou Duc en autres pays), attribué également à son cousin Mikolaj Rudy (le rouge) qui l’accompagnait en ces occasions, renforçant la position familiale, anoblissant statutairement son nom et sa descendance faisant désormais partie de la noblesse polonaise Szlachta.
Forts de leur titre “le noir et le rouge” se fondirent dans une alliance dynastique et s’opposèrent aux autres familles notables pour la primauté dans le Grand Duché et en sortir vainqueurs. Suivait à ce pouvoir, l’acquisition d’une grande richesse faisant de lui le plus puissant magnat (propriétaire foncier) du Commonwealth polonais-lituanien d’alors. Radziwill N. eut à cœur de promouvoir la culture polonaise, ses modes, coutumes et la langue en Lituanie influençant les nobles d’ici à rallier cette cause.
Il fut le principal acteur de la négociation réussie de la sécularisation et de l’union de la Livonie avec la Pologne.

    Radziwill N. et la religion :

    Radziwill N. eut une grande activité pour l’établissement de la réforme en Pologne et en Lituanie. Homme que l’on pouvait qualifié de progressiste, ouvert, tolèrent, protecteur et magnanime…

    Plusieurs étapes successives sont à observer dans son parcours spirituel.

    Sans plus de précision, il serait passé à Wittenberg pour des études qui l’orientèrent dans un premier temps vers le luthéranisme dont il se déclara publiquement favorable en 1553. Ouvert d’esprit, il s’intéressa rapidement à la réforme calviniste, échangea une correspondance avec Calvin en personne ce dont le roi Sigismond Auguste II faisait également. En parallèle, il eut d’autres relations épistolaires avec des théologiens helvétiques. Assurément, Calvin se tenait souvent au courant de l’évolution de la réforme en Pologne comptant sur les efforts immodérés de Radziwill N. pour la réussite de cette entreprise et en parallèle envoyait plusieurs courriers aux notables polonais dans le but d’influencer ses croyances et pour l’acceptation de son implantation cultuelle. Radziwill N. utilisa de ses biens personnels pour la progression du calvinisme qui se faisait rapidement et en était le principal acteur.

    Mais un combat sévissait ailleurs qui ne tarda pas à s’étendre jusque dans ce pays. Calvin en fut l’investigateur, usant de sa notoriété grandissante à l’encontre de l’anti-trinitarisme qu’il qualifiait d’hérétique. Il est à rappeler l’un des chapitres, dont
Biandrata Georges fut l’un des acteurs malgré lui, qui amena Radziwill N. à prendre position :

    Biandrata G. effrayé qu'il était sur le point d'être arrêté, se sauva à Zurich, puis revint à Genève et en 1558 d’où il fut banni pour avoir refusé de signer la nouvelle confession de foi trinitaire, commanditée par Calvin. Finalement après d’autres péripéties, accompagné de Lelio Socin, Biandrata G. se réfugia en Pologne dans cette même année 1558.
Il fut reçu favorablement par Bona Sforza la reine douairière et rencontra Radziwill N. à qui il confessa ses croyances anti-trinitaires, le convainquit, obtint la possibilité de répandre cette théologie et d’assister activement à plusieurs synodes. Il fut rejoint par
Alciati et Gentile qui se joignirent au mouvement anti-trinitaire de Pologne de la ville de Pinczow après avoir fui Genève à leur tour qui ressemblait de moins en moins à une ville de tolérance. Non content d’avoir écarté ces hommes de Suisse, s’apercevant de la persistance de l’anti-trinitarisme en Pologne, Calvin ne se retint pas d’aviser par plusieurs courriers les polonais en ces termes : « qu’ils devraient prendre attention, et de ne pas avoir à souffrir de ce renard rusé qui se glisse en leur compagnie ». C’est de Biandrata G. que parlait Calvin et n’hésitait pas de surenchérir à son encontre, dans un verbiage qui lui était familier envers ceux qu’il considérait hérétiques, le qualifiant de « parasite fétide » et en autre occasion s’adressant aux protestants « Quel monstre ce Giorgio Biandrata est, ou plutôt, combien de monstres il stimule. »
Gagné à son tour par l’anti-trinitarisme, Radziwill N. s’offusqua de l’ingérence et du ton acerbe de Calvin et devint protecteur de ses hôtes, leurs assurant la sécurité sur ses terres.

    D’autres personnages célèbres du protestantisme furent en vues à sa cour comme le réformateur Laski Jan, principal fondateur de l’Eglise Réformée de Pologne, qui s’installa sur ses immenses domaines de Lituanie, Simon Budny qui à son tour devint pus tard anti-trinitaire, appelé et mis en place comme pasteur de la nouvelle église calviniste de Kleck, Martin Czechowic, Petar Paul Vergerio, Franz Lismanin, Stanilaus Rapagelan et
Bernado Ochino qui prêcha à ses compatriotes dans la ville de Cracovie.

    Disposant d’une immense fortune, Radziwill N. transforma des églises catholiques et orthodoxes en temples protestants. Une paroisse catholique sur six est passée à la réforme. On dénombrait à la mort de Laski J qui survint en 1560 pas moins de 122 temples, il en fut bien plus à la fin du règne de Sigismond Auguste II en 1572 et sous l’impulsion de Radziwill N. le nombre atteignit 650. Il est à l’origine de la première Eglise Réformée de Wilno (Vilnius) et de son école calviniste. La ville de Slucak (Sluzk) fut transformée par la famille Radziwill N. en un centre pour l'Eglise Reformée polonaise où on trouvait la plus importante école calviniste dont un gymnase exista jusqu'à 1918. 

      Il participa largement à la création d’imprimeries et à l’édition de la Bible « Biblia Brzeska » en 1563, connue également sous le nom de Bible de Radziwillowska. Elle est considérée faisant parties des plus superbes testimoniales de la culture polonaise. C’est une traduction calviniste des saintes écritures d’un grand niveau d’exactitude, un document retraçant la grandeur de la culture polonaise pendant la renaissance qui fait toujours référence de nos jours tant du cercle calviniste que d’éclaircissement de la vie spirituelle polonaise. Contribuèrent à cette œuvre les excellents théologiens d’alors comprenant Gregory Orszak,
Laski Jan, Francis Stankar, Peter Statoruis, Andrew Trzecieski, Jakub Lubelczyk et Martin Krowicki.

    Radziwill N. s’est comporté en patron de la réforme calviniste. La Lituanie, à sa mort qui est datée le 28 ou 29 mai 1565 à Wilno, était complètement investie par le calvinisme et si en Pologne son influence porta plus dans la ville de Cracovie et sa région, les districts des alentours n’en étaient pas moins touchés.



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