Giovanni Valentino Gentile (1520-1566)

Publié le par didier Le Roux

  Gentile V., humaniste et anti-trinitaire naquit à Scigliano dans la province de Cosenza en Italie vers les années 1520, 1522.

    Très jeune il fut influencé par les doctrines anabaptistes de Georges Siculo (prophète, mystique et apocalypticien), basées sur le baptême pour les adultes uniquement et sur la valeur symbolique de l’Eucharistie, niant la transsubstantiation.


Il partit pour Naples et se retrouva dans le cercle de Juan de Valdés (1509-1531) qui étudiait les Écritures, avec un sincère désir d'y trouver une lumière pour leurs pensées et une direction pour leur vie, tout en se détachant des solutions scolastiques. Gentile V. faisait partie également de l’académie de Cosenza appelée Telesiane en l’honneur de Bernadino Telesio (philosophe italien et scientifique de la nature).

    En 1546, Gentile V. participa aux discutions au collège Vicentina de Vicenza animées par Lélio Socin où débattaient les anti-trinitaires. Ses discutions eurent un impact certain sur Gentile V. qui épousa définitivement l’anti-trinitarisme se joignant à d’autres participants comme
Alciati Gianpaolo ou Budny Simon.

    De tels rassemblements et la diffusion des ses idées ne restèrent pas inaperçus, si bien, que suite à un concile, Gentile V. dû s’enfuir le 14 octobre 1557, accompagné d’Apollonio Meranda en Suisse à Genève.

    En 1558, toute la communauté des exilés italiens de Genève fut conviée à se rassembler sous la demande expresse de Calvin qui cherchait à éprouver leur foi, dans le but d’écarter tous ceux qui ne signeraient pas sa confession de foi trinitaire qu’il prépara au préalable. Le but recherché était clair : expulser tous les anti-trinitaires de Genève dont il eut connaissance de leurs idées et de leurs actions portées vers le prosélytisme. Il semble que deux participants seulement refusèrent de signer cette confession de foi trinitaire, Alciati et
Biandrata. Gentile V., quant à lui refusa dans un premier temps mais fini par obtempérer à contre cœur très certainement.

    Gentile V. et
Biandrata adoptèrent le trithéisme, basé sur la séparation distincte du Père, du Fils et du Saint Esprit; seul le Père est de nature divine, alors que les deux autres sont subalternes à lui. Biandrata disait : » j'admets que je crois en un Dieu le père, en un seigneur Jésus le Christ son fils, et en un esprit saint, chacun est une essence de Dieu ’. Je déteste une pluralité de dieux, puisque pour nous il y a un seul Dieu, essentiellement indivisible. J'admets qu'il y a trois hypostases distinctes ; le Dieu éternel, le fils et l’esprit saint en tant que personnes substantiellement, distinctes des deux autres ». En fait cet enseignement se recoupait en partie avec la théologie de Socin qui avançait : « Bien entendu, Dieu est Un. Cette doctrine est conforme à l'Ecriture et à la raison, c'est le seul "dogme" nécessaire au salut. »

    Gentile V., toutefois toujours suspecté, un mois après avoir signé la confession de foi trinitaire de Calvin, fut dénoncé en même temps que Nicolas Gallo et fut accusé sur preuves d’hérésie et pour blasphème envers la personne de Calvin ! Assurément l’avenir de Gentile V. se raccourcissait dangereusement et semblait se résumer du même acabit que pour Michel Servet qui fut brûlé vif sur un bûché à Genève en 1553. Effectivement, Gentile V. fut condamné à une peine capitale d’exécution par décapitation qui se commua sans que nous ne sachions trop pourquoi en humiliation publique.
Précédé d’un annonceur qui à l’aide d’un clairon signalait leur passage : la tête découverte, en chemise et les pieds nus, Gentile V.. défila sous le regard de toute la ville en demandant des excuses au Conseil qui l’assigna à ne pas quitter la ville sans autorisation, s’exposant cette fois à coup sûr à la peine de mort, s’il bravait cette injonction.

    Cependant, Gentile V. s’enfuit et pense dans un premier temps rejoindre
Matteo Gribaldi Mofa qui partageait ses vues à Farges (dans le pays de Gex Berne). Il s’en suivit un déplacement vers Lyon où un plus grand nombre d’italiens permit à Gentile V. de continuer de répandre ses doctrines. Il s’attacha également à rechercher à travers les pères de l’Eglise tout ce qui pouvait étayer ses convictions et publia son livret « Antidotat », de forte saveur anti-trinitaire.

    Il rejoint Matteo Gribaldi Mofa à Grenoble, devenu entre-temps enseignant dans cette ville et dans les environs de l’année 1561, il retourne pour la Suisse où il fut arrêté à nouveau et cette fois par la police Gexoise. Alors que sous contrôle et tenu de faire ses preuves, Gentile V.< se mit dans des ennuis supplémentaires en ayant publié une profession de foi anti-trinitaire. Il réussit laborieusement à s’extirper de cette situation, en démontrant que ses attaques visaient particulièrement Calvin et l’interprétation de la Trinité que le Genevois donnait. Ce même Calvin attaquait lourdement Gentile V. dans son « Impiétas Valentine Gentile », de 1561.

    Par conséquence, Gentile V. accompagné d’Alciati dû émigrer pour la Pologne en 1562 à Pinczow et rejoignirent Biandrata qui avait formé un groupe d’italiens anti-trinitaires.

    En 1566, suite au concile de Parczow, un édit fut promulgué par le roi Sigismond Auguste II, influencé par le cardinal de Cracovie, Giovanni Francesco Commendone (1523-1584) et de l’arrivée des jésuites dans le pays, réclamant l’expulsion immédiate de tous les étrangers n’étant pas de foi catholique.

    C’est à nouveau vers la Suisse, à Berne que Gentile V. se dirigea, pensant pouvoir être enfin tranquille, suite au décès en 1564 de son principal adversaire Calvin, mais fut toutefois attristé par celui de son ami Matteo Gribaldi Mofa qui survint en 1565.

    Il nous serait aisé de penser qu’à partir de ce moment Gentile V. garderait une certaine réserve mais ce serait sans compter sur son tempérament de feu ; il défia lors d’un débat théologique publique les protestants de France et de Savoie au sujet de la Trinité et malheureusement pour lui en sortit perdant, ce qui n’était pas de bonne augure.
Effectivement il fut arrêté, suspecté d’être un anabaptiste et emprisonné à Berne en 1566. Les principaux réformateurs suisses comme
Heinrich Bullinger et Théodore de Bèze demandèrent aux autorités de Berne le maximum de sévérité à l’égard de cet impénitent anti-trinitaire italien. Bien que Simone Simoni le visita en prison et lui conseilla vivement de ne pas envenimer la polémique au sujet du calvinisme, Gentile V. ne sut suivre ce conseil qui l’aurait peut-être empêché de subir une aussi lourde peine qui exigeait la mort par décapitation. Avant de rejoindre l’échafaud, le 10 septembre 1566, Gentile V. continuait sa polémique, accusant ses geôliers d’être des partisans du sabellianisme et ce jusqu’à son dernier souffle.

    Sa mort ne souleva aucune voix de désapprobation…



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Cliché : chateau de Mezeville : Sources ; WikipédiA Encyclopédie ;scigliano panaramico ; Correspondance Unitarienne ; Profils de libertés ; Ethereal librairy ; Kirchenlexikon: traduction de l’anglais et de l’italien vers le français par Didier Le Roux.

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