Jean Wessel Gansfort (1419-1489)

Publié le par didier Le Roux

     Jean Wessel Gansfort au même titre que John Wyclif (1324-1384) et Jan Huss (1369-1415) est à classer parmi les pré-réformateurs. Pour ces trois hommes les Ecritures faisaient autorité, pour la faillibilité du Pape, la suffisance de la grâce divine pour le salut sans tenir compte de la médiation du prêtre, et de la distinction entre l'Eglise visible et invisible. Cependant, pour la Réforme Protestante, qui débuta dans les débuts du seizième siècle, les prémices posées par ces trois hommes ont eu certainement toute leur incidence.

    De la vie de Gansfort, il nous reste des indications précises et de ses paroles assez de traces pour comprendre combien ce personnage était atypique pour son époque, mais qui était-il vraiment...

    Son nom serait Goesevort qui a dérivé en Gansfort, il est né dans les environs de 1417 à Groningue qui était en Frise alors, dans une maison sur Heerestraat dans le voisinage de Caroliweg. De famille modeste son père était boulanger et sa mère avait un lien familial avec les Clantes. Bien qu'encore jeune, il perdit ses parents et accompagné de ses deux sœurs, il sera placé sous la garde d'Oda Clantes de la famille de sa mère, qui était une matrone des plus estimables.
    Eduqué avec le fils unique d'Olda Clantes, il recevra les bases de l'éducation et de surcroît apprendra la piété religieuse.
    Bien que Wessel était d'une condition physique relativement faible, une vue médiocre et une cheville qui le faisait boiter légèrement, son intellect était des plus remarquables. Sa première scolarité a été effectuée à l'école latine de St. Martin, son esprit vif et sa ténacité au travail scolaire faisaient de lui rapidement un brillant élève. Olda Clantes consciente de ses capacités, l'envoya avec son fils à Zwolle à l'école municipale, où ils pouvaient recevoir un enseignement bien meilleur qu'à Groningue, tout en étant à proximité des 'Brethren of the Common Life' (Frères de la vie commune).
    Wessel assoiffé de connaissance, se jetais littéralement sur les livres qui étaient peu disponibles alors. Déjà Wessel réprouvait la barbarie de son temps et marquait une prépondérance pour la justice dans les relations humaines qui sera l'un de ses combats tout du long de sa vie.
Wessel serait resté à Zwolle, et aussi tardivement que 1449, il rejoint l'université Bursa Laurentiana de Cologne, où il sera bientôt enseignant. Il lui fut remis le diplôme de magister artium (maître en lettre) en 1452. De plus en plus engagé dans l'étude de la religion il aurait été diplômé en tant que docteur en théologie par la suite.

    Etant toujours un acharné étudiant, il s'intéressa au Grec, étudiait Aristote dans sa langue après avoir été instruit par des moines qui seraient partis d'occident après la chute de Contanstinople en 1453, et l'Hébreu de quelques juifs. Il s'est particulièrement intéressé dans la théologie spirituelle de Rupert von Deutz (1076-1129), et usait les bibliothèques bénédictines locales pour nourir ces recherches. Il prit également connaissance de l'enseigement de Platon qui à son sens se rapprochait plus du divin et du Christianisme, et il lui arrivait de désapprouver tant Aristote que les docteurs scolatites s'en froissaient, et certains pour son érudition l'appelaient 'Magister Contradictionis' (Maître en contradiction).
    Bien souvent, lors de discussions avec des théologiens, il ne tenait pas compte des titres de docteurs de ceux-ci, mais jugeait plutôt sur les Saintes Ecritures qui faisaient avant tout autorité à son sens. Lors d'une discussion, si un théologien avançait une objection, comme souvent il était fait, en disant "Le saint docteur dit ceci, untel dit cela, " etc., il répondait "Thomas était docteur. Quoi alors ? Je suis docteur moi aussi".
    Ils s'est beaucoup déplacé et serait même allé en Grèce étudier Aristote plus dilligemment. Il est allé dans les accadémies d'Italie, de France et d'Allemagne, et ses discussions semblaient tellement savantes, cette fois, c'est le qualicatif de 'Lux Mundi' (Lumière du Monde), qui lui était attribué, ce qui démontrait à quel point sa reconnaissance était large, et ne manquait pas de destabiliser ses discutants.

    Par ailleurs, il s'est intéressé activement aux discussions entre les réalistes et les nominalistes , ce qui le persuadait d'aller à Paris où il résida pendant seize années comme lettré et enseignant. Ici, il adoptait le parti nominaliste incliné vers l'anti-cléricalisme et plutôt une théorie philosophique selon laquelle les "universaux", les concepts, les idées générales, les espèces (Exemple : 'bonté', 'homme', 'arbre', 'chien',...) ne sont que des mots, des dénominations créées par l'homme, sans existence véritable, seuls existent les individus, ce qui lui donnera, comme nous le verrons plus tard, une couleur particulière à ses idées conceptuelles. Il dû très probablement quitter la France en raison d'un édit publié par Louis XI contre le Nominalisme.
    Toujours avide de connaissance, cette fois, c'est vers l'Italie qu'il 'vole', on le retrouve en 1473 à Rome en tant qu'ami de lettrés italiens et sous la protection des Cardinaux Bessarion et Francis Della Rovere (Général de l'ordre des franciscains).
    Il a eu à s'entretenir avec le Pape Sixtus IV lors de son séjour en Italie auprès de qui il trouva 'faveur', et une fonction d'évêque lui fût proposé, mais il refusa préférant encore recevoir une Bible de la bibliothèque du Vatican.

    Est-il si surprenant que Wessel refusa cette haute fonction ? Rejeter la fonction catholique pour demander l'enseignement chrétien de la Bible, n'y a t-il pas ici, au delà du geste, tout un symbole qui annonçait déjà la volonté d'une réformation ? Si nous considérons que déjà il penchait vers le Nominamisme, et que la moralité des plus hauts dignitaires de l'Eglise Catholique était défectueuse, nous comprendrons mieux son traité qui expose la dignité et la puissance ecclésiastique comme suit :

    …"Les propos du Pape ne sont pas tenus d'être crus à moins qu'il ait raison dans sa Conviction. Ceci est alors expliqué et la conclusion est tirée : Donc nous atteignons la conclusion : Cela bien qu'il pourrait être supposé que le pape et les prélats, étant donné la haute position de dignité à laquelle ils ont été élevés, marchent dans la vérité de l'évangile plus proche que tous les autres, et pour cela donc, les autres choses sont égales, ils devraient être crus plutôt qu'une autre personne qui expose avec eux, néanmoins leurs propos ne sont pas tenus d'être crus sans réserve. Nier ceci est déraisonnable, donc plein de blasphèmes, que c'est en fait plus pernicieux que n'importe quelle hérésie, quoi que"… [Edward Waite Miller, Wessel Gansfort : Life and Writings (La vie et les Ecritures), Vol. 2 (New York et Londres : G.P. Putnam’s Sons (Les Fils de Putnam), 1917), pp. 151-152]

    …"Aussi souvent que les prélats pèchent insolemment et persistent avec arrogance, ainsi faisant la plus ample erreur d'être effrontés, ils doivent être conformément rejetés à l'exemple du Seigneur. Néanmoins il doit être noté selon la parole du Seigneur que leurs admonitions salutaires ne devraient pas être dédaignées. Pour aussi longtemps qu'ils s'asseyent sur le siège de Moïse, ce qu'ils disent doit être fait. Et ils pourraient être considérés occuper ce siège, aussi longtemps que leurs actes n'affaiblissent pas ouvertement leurs paroles. Mais quand leurs vies sont si scandaleuses qu'ils corrompent par leur exemple plus qu'ils édifient par leur discours, ils ne doivent plus longtemps être tolérés. Pendant qu'ils ne s'asseyent pas sur le siège de Pierre, alors sur le siège du méprisable. Et conformément à l'exemple du Seigneur en estimant être son devoir de les mettre en garde, tous ainsi devraient être rejetés et chassés à cause de leur plus grande bassesse"… [Edward Waite Miller, Wessel Gansfort : Life and Writings, Vol. 2 (New York and London : G.P. Putnam’s Sons, 1917), pp. 154-155]

    …"La raison cependant soutient la controverse que les ordres de prélats de l'Eglise sont légaux seulement aussi loin qu'alors ils sont basés sur la sagesse ; ils sont légaux, je le dis, à condition que les avantages suivent leur observance. Sans égard pour les péchés mortels, nous tenons que le faible ne peut pas atteindre les conseils de perfection dans l'évangile et ainsi devenir véritablement fils de lumière, pourquoi alors souhaiterions-nous lancer un nœud coulant mortel sans discrimination sur la multitude des faibles en exigeant d'eux ce qui est plus que nécessaire ? Le pouvoir de l'Eglise est conditionné sur l'étendue de sa capacité à fournir la nourriture, et aussi sur la compréhension qu'il doit fournir seulement ce qui est la nourriture pour le troupeau."… [Edward Waite Miller, Wessel Gansfort : Life and Writings, Vol. 2 (New York and London : G.P. Putnam’s Sons, 1917), pg. 157]

…"Un pasteur est nommé pour nourrir le troupeau de Dieu. Mais puisque le troupeau possède la raison et le libre choix, il n'est pas livré absolument au-dessus du pouvoir du pasteur de sorte que rien n'est exigé de lui excepter d'obéir. Pour un mouton de lui-même il doit savoir quelle est sa nourriture, avec ce qui pourrait être pourri, et comment éviter un empoisonnement toxique, même si elle est offerte par le berger lui-même. Et donc il n'a pas d'excuse s'il suit le berger. Donc les gens doivent suivre leur berger à la pâture. Mais quand il ne les nourrit pas, il n'est pas un berger. Alors le troupeau n'est pas limité de lui obéir, comme il ne remplit pas son devoir. Parfois un bon pasteur ordonne ce qui est bon dans la bonne façon, et alors il doit être obéi. Parfois il ordonne ce qui est bon bien que d'une mauvaise façon et, en règle générale, il doit être conformément obéi au mot, Faire ce qu'il dit, quoi qu'il fasse etc. Mais si un bon pasteur, cependant son but est bon, ordonne par ignorance ce qui n'est pas bon, et le troupeau sait ce qui est le mieux à faire, il ne doit pas être obéi. Ceci est surtout le cas, quand il ordonne ce qui n'est pas bon, et d'une façon qui n'est pas bonne."… [Edward Waite Miller, Wessel Gansfort : Life and Writings, Vol. 2 (New York and London : G.P. Putnam’s Sons, 1917), pp. 158-159]

   
…"Les lois, donc, si elles sont passées par le consentement mutuel des gens ou déclarées par les prélats ou les princes ou les magistrats, sont obligatoires seulement tant quelles sont incluses et sont enjointes dans la loi divine. Dans la loi divine nous sommes ordonnés d'obéir à ceux qui sont placés au-dessus de nous, de ne pas résister à l'autorité, de maintenir la paix avec nos amis citoyens, et beaucoup d'autres de telles choses, qui ne sont pas atteintes sauf en gardant les lois de celles-ci dans l'autorité. Donc nous devons leur obéir. Nous ne faisons pas, cependant, devoir de leur obéir, mais nous le devons à Dieu à qui nous devons obéir, justement tout en les aimant nous sommes des débiteurs de Dieu, pas d'elles.

    De ceci nous voyons déjà plus clairement comment nous devons obéir aux ordres de celles-ci dans l'autorité, –c'est nous, comme les débiteurs de Dieu, nous devons leur obéir, pourvu qu'elles n'ordonnent rien contre Dieu. Pour que rien doit être fait sur le compte de Dieu contre Dieu. Donc aussi il est facile de voir l'étendue et la nature des ordres obligatoires, –elles doivent être approuvés par la conscience des deux partis.

    Mais c'est autrement quand nous avons à faire un discutable ou contestable devoir, puisque ici chacun est sous le devoir seulement aussi loin qu'il y a un lien d'affection et de désir mutuelle avec pour référence un ordre qui est bon. Ainsi chaque patient est obligé d'obéir à un ordre du médecin si seulement il désire qu'il ait pour résultat sa propre bonne santé, –si beaucoup, beaucoup, si petitement, petitement. Il est sous une petite obligation d'obéir à un qu'il sait être un médecin sot, puisque dans chaque cas que chaque personne est obligée d'obéir à un ordre seulement aussi loin comme il prévoit un bon résultat de son obéissance. Et ici, la règle soutient que l'on n'est pas lié de garder un ordre quand un plus grand mal résultera de le garder que de l'ignorer ou de le renoncer." …
[Edward Waite Miller, Wessel Gansfort : Life and Writings, Vol. 2 (New York and London : G.P. Putnam’s Sons, 1917), pp. 160-161]

    …"Un prélat doit être observé seulement que pour autant il montre de la sagesse. Pour celui qui à côté des apôtres observe des prélats, observe le Christ. Quand, donc, ils enseignent ou commandent selon le Christ, ils doivent être observés comme si la sagesse elle-même parlait. Autrement, ils ne doivent pas être observés, juste comme Paul n'observait pas Pierre quand il est devenu une pierre d'achoppement aux Gentils en les contraignant de devenir des juifs. Par conséquent des prélats doivent être observés dans tous ce qu'ils disent sagement, comme si la sagesse parlait du ciel, à cause de la sagesse contenue dans leurs paroles. Mais ils ne doivent pas simplement être observés à cause de leur autorité pastorale."… [Edward Waite Miller, Wessel Gansfort : Life and Writings, Vol. 2 (New York and London : G.P. Putnam’s Sons, 1917), pg. 162]

    …"Mais quand une personne seule fait des trouvailles par elle-même qui est opposée par toute une multitude sur une question concernant l'évangile, il est plus probable qu'elle soit confondue plutôt que les hommes instruits de toute l'Eglise, et donc, qui il peut être, il devrait se suspecter et redouter d'être dans l'erreur. Néanmoins, sachant qu'il n'est pas impossible pour que beaucoup d'hommes instruits soient confondus, il doit toujours d'abord se refléter sur la vérité apparente de l'évangile. Deuxièmement, il doit rechercher soigneusement dans la vérité et la compréhension de l'évangile. Et troisièmement, il doit diligemment considérer les raisons de ses adversaires, et de se tenir alors fermement sur le côté qu'il trouvera être plus près de l'évangile."… [Edward Waite Miller, Wessel Gansfort : Life and Writings, Vol. 2 (New York and London : G.P. Putnam’s Sons, 1917), pg. 167]

Il pourrait être apporté davantage sur les enseignements de Jean Wiesel Gansfort , mais le choix ici présenté démontre largement son fond de pensée concédant une autorité relative aux ecclésiastes. A la façon de Jésus, il utilise des paraboles parlantes et pleines de sagesse. L'autorité de l'Evangile prévaut continuellement dans son argumentation, laissant toutefois la conscience individuelle s'exercer en dernier recours. Il rapporte que les relations laïques religieuses ne sont pas unilatérales. Sans inverser l'ordre bien fondé du 'berger' avec le 'mouton', c'est au bon sens qu'il fait appel en responsabilisant les deux parties à partir des enseignements directeurs de la Bible.
    Il exhorte ceux qui sont à la 'tête' de traiter les plus faibles avec compassion et en responsabilité devant Jésus tel qu'il est enseigné par Pierre en I Pierre 5 : 1-4 "Voici les exhortations que j'adresse aux anciens qui sont parmi vous, moi ancien comme eux, témoin des souffrances du Christ, et participant de la gloire qui doit être manifestée. Paissez le troupeau de Dieu qui est sous votre garde, non par contrainte, mais volontairement ; non pour un gain sordide mais avec dévouement, non dominant sur eux qui vous sont échus en partage, mais en étant les modèles du troupeau. Et lorsque le souverain pasteur paraîtra, vous obtiendrez la couronne incorruptible de la gloire." Il exhorte également ceux qui doivent se soumettre tel qui est enseigné dans Hébreux 13 : 17 " Obéissez à vos conducteurs et ayez pour eux de la déférence, car ils veillent sur vos âmes comme devant en rendre compte; qu'il en soit ainsi, afin qu'ils le fassent avec joie, et non en gémissant, ce qui vous serez d'aucun avantage." Ce qui est remarquable, c'est que les principes avançaient peuvent–être pour nos jours aussi valables qu'alors et que nous devons toujours agir comme redevables à Dieu.

    Il aurait alors passé un certain temps pendant l'année 1474 à Venise, et apparemment à Bâle, après quoi il serait retourné chez lui et se serait consacré dans la tranquillité à l'étude. Il a passé la plupart de ses dernières années alternativement dans plusieurs monastères. Bien qu'il soit resté un laïque, il s'est intéressé principalement dans des questions théologiques. Un choix à partir de ses écrits, 'Farrago rerum theologicarum' a été publié à Zwolle, probablement en 1521 (réimpression à Wittenberg, 1522, et à Bâle, 1522, ce dernier contenant une préface élogieuse par Luther). L'édition de Bâle incluait plusieurs lettres à et de Wessel . Egalement fut édité à Zwolle ses principaux travaux : 'De sacramento Eucharistiæ et audienda missa' ; 'De oratione et modo orandi'; 'De causis incarnationis'. Une édition complète de ses travaux à Groningue en 1614, avec une ébauche biographique par le prédicateur protestant Albert Hardenberg.
    Ses paroles et ses écrits ne laissaient pas indifférents, si bien que Luther, ayant découvert des vestiges conservés par des amis, décidait en 1521 de les publier. Il trouvait avec un certain étonnement des similitudes étroites avec ses vues qu'il avouait en disant que s'il n'avait rien écrit auparavant qu'il soit lu, les personnes penseraient qu'il avait volé toutes ses idées.
    Pour les protestants Wessel est considéré être un précurseur de Luther et de la Réforme. La première publication de 'Farrago rerum theologicarum' était le travail des protestants, qui ont présenté à partir de lui une collection d'extraits qui semblaient favoriser le Protestantisme… 



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