William Ellery Channing (1780-1842) partie II

Publié le par didier Le Roux

En 1819, les positions unitariennes de Channing seront définitivement affirmées, quand les orthodoxes refusaient de partager les chaires avec les libéraux. Il prononça un sermon 'Unitarian christianity', (le christianisme unitarien) à l'occasion de l'ordination de J. Spark en 1819, au sein de la nouvelle église unitarienne de Baltimore, qui restera à tout jamais une des bases fondamentales des croyances unitariennes en Amérique. Channing à juste titre est considéré un des piliers de l'Unitarisme. Dans ce discours, il avançait ouvertement L'unité de Dieu en tant que base même pour les unitariens chrétiens par ces paroles :


"Eprouvez tout, retenez ce qui est bon" (1 thes, 5,21)

"…Notre principe directeur en herméneutique est le suivant : la Bible est un livre pour des hommes, dans un langage humain. Sa signification est à rechercher de la même manière que celle des autres livres. Nous croyons que Dieu, quand il parle aux hommes, se conforme pour ainsi dire, aux règles établies de la parole et de l'Ecriture…"

"Nous sentons que c'est une obligation d'exercer notre raison envers la Bible, en permanence; de comparer, d'inférer, de regarder au-delà de la lettre vers l'esprit…"

" Nous croyons à la doctrine de l'Unité de Dieu, autrement dit qu'il y Un Dieu et Un seul… Nous y attachons une importance infinie et pensons que cette doctrine est particulièrement claire : Il y a Un être, Une personne, Un agent intelligent et Un seul, à qui appartient le perfection non-dérivée et infinie et la toute-puissance…"

"Nous objectons à la doctrine de la Trinité que, bien que la connaissant en paroles, elle subvertit en réalité l'unité de Dieu. Selon cette doctrine, il y trois personnes infinies et égales, possédant chacune la divinité suprême, et décrites par les théologiens avec chacune sa conscience, sa volonté, ses perceptions…Elles jouent des rôles différents dans la rédemption de l'homme, chacune avec sa tâche appropriée…et quand un chrétien ordinaire entend converser ces personnes, les voit accomplir des actions différentes, aimer chaque autre personne, comment pourrait-il faire autrement que de les considérer comme des entités distinctes ?"

"…Nous défions nos opposants d'alléguer un seul passage au Nouveau Testament dans lequel le mot Dieu signifie trois personnes; ce n'est pas une doctrine fondamentale du Christianisme…"

"Nous croyons secondement en l'unité de Jésus-Christ : nous croyons qu'il est un seul esprit, un être, exactement comme nous, et également différent du Dieu unique…"

"Nous croyons qu'il est envoyé par le Père pour accomplir la délivrance morale et spirituelle de l'humanité, et ce par une grande variété de méthodes; enseignements sur l'unicité de Dieu, sur l'obéissance qui lui est due, et contre l'idolâtrie; promesse de pardon et d'assistance; exemple sans tâche et révélation par ses souffrances acceptées d'une immoralité possible… C'est ce plus pur esprit du Christianisme qui nous pousse à espérer son expansion à travers le monde."



    Channing étant toujours très actif, était souvent à l'origine de différentes organisations telle la Berry Street Conference, une réunion de ministres libéraux qu'il a réclamé en 1820 et qui s'est assemblée annuellement depuis.

    En 1822-23 Channing a voyagé en Angleterre et en Europe continentale en raison de sa santé qui restait frêle. Le voyage a fait peu par améliorer sa santé, mais il a stimulé ses intérêts littéraires. Channing pendant son voyage avait été largement influencé par Samuel Taylor Coleridge et Thomas Carlyle. Revenu de l'Europe, il a réalisé plusieurs essais, tous fortement acclamés, sur Milton, 1825 ; Fenelon, 1829 ; et Napoléon Bonaparte, 1828-29.

    En 1824, il a pris un jeune associé, Ezra Stiles Gannett, après presque vingt années de bons services à l'église Federal Street.

    En 1825 Channing a écrit Gannett que "ma santé m'obligerait de reporter sur vous cette année prochaine et probablement par la suite une grande partie du soin de notre paroisse."
    Toujours en 1825, le 26 mai fut fondée l'American Unitarian Association pour diffuser la connaissance et promouvoir les intérêts du pur Christianisme. Il semble que Channing n'ait pris aucune part en elle pour une certaine crainte des grands mouvements et s'en expliquait quand il disait : "qu'il n'y a aucune valeur morale en étant entraîné par une foule, même vers les meilleurs objets." En autre occasion, il insistait de ne pas produire des institutions, mais le fait d'être sérieux. Dans ses 'Remarks on Associations,' de 1829, Channing décrivait l'église, la famille et l'état comme des institutions naturelles. Il formulait la loi de l'Oligarchie : "La tendance de grandes institutions pour accumuler le pouvoir dans quelques mains." Il pensait que les grandes associations "ont tendance à produire une dépendance et détruire l'action auto-produite dans les vastes multitudes qui les composent."

    Channing progressant dans ses convictions soulevait les conclusions d'une étude raisonnée des Saintes Ecritures. Il disait que ne nulle part il y a un mot dans le Nouveau Testament pour signifier Dieu en trois personnes, qu'une doctrine si perturbante comme la Trinité distrait l'esprit de la communion avec Dieu, et qu'en réalité la doctrine de la prédestination "fait des machines des hommes." Tout le but du Christ, qu'il a prêché, était "de susciter et renforcer la piété dans le coeur humain."
    Il s'est étendu sur ce sujet dans un sermon en 1826 intitulé 'Unitarian Christianity Most Favorable to Piety,' (Le Christianisme Unitarien plus favorable pour la piété). Ici, critiquant la doctrine Trinitaire de l'expiation par procuration, il disait : "Il ne fait pas la promotion de la piété une fin principale [du Christ]. Il enseigne, que le but le plus haut de sa mission était de réconcilier Dieu avec l'homme, pas l'homme à Dieu."

    Channing croyait ardemment que Dieu avait fait la nature humaine, avec sa capacité pour le choix moral et une compréhension toujours croissante, apparentée au divin. Il avait avec assurance prêché la possibilité du progrès moral et spirituel éternel pour tous ceux qui modèleraient leurs vies en conformité avec ses demandes. Les principales vues religieuses de Channing se résument en plusieurs points : La Bible est un livre écrit pour les hommes dans le langage des hommes sans particuliers messages ; qu'il est fondamental d'employer la raison dans la religion ; un dogme peu clair comme la Trinité distrait l'esprit des hommes de la communion avec Dieu ; la prédestination calviniste transforme les hommes en automates ; la mission du Christ était de réconcilier Dieu avec les hommes, pas les hommes avec Dieu ; l'homme a le potentiel d'être semblable à Dieu.

    Toutefois, c'est toujours la liberté qui prévaudra comme fond de son enseignement, ce qui sera exalté dans son sermon de 1830, 'Spiritual Freedom' (La liberté spirituelle) :


"…Je nomme libre cet esprit qui maîtrise les sens, qui se défend des appétits animaux, qui dédaigne plaisir et chagrin par rapport à sa propre énergie insinuée dans le corps, et qui reconnaît sa réalité propre et sa magnificence, qui parcourt la vie non pas en se demandant que boire ou manger, mais bien plutôt dans la soif et la faim et la quête de la droiture.
Je nomme libre cet esprit qui se défait des liens avec la matière, qui, loin de s’arrêter à son environnement matériel, pour s’y emprisonner, le dépasse en direction de son Auteur, et découvre les aides nécessaires à son illumination spirituelle dans les signes radieux qui partout témoignent de l’Esprit infini.
Je nomme libre cet esprit qui préserve jalousement ses droits et puissances spirituels, qui n’appelle maître aucun homme, qui ne se contente pas d’une foi passive ou héritée, qui s’ouvre à la lumière d’où qu’elle vienne, qui accepte une vérité neuve comme un ange venu du ciel, qui, prenant l’avis des autres, creuse plus l’oracle lui-même et use des instructions venues de l’extérieur, non pour écraser ses énergies propres mais pour les hâter et les exalter.
Je nomme libre cet esprit qui ne limite pas son amour, qui n’est pas emprisonné en lui-même ni dans une secte, qui reconnaît en tout être humain l’image de Dieu et leurs droits étant ses enfants, qui se réjouit de la vertu et sympathise avec la souffrance, où qu’on la découvre, qui maîtrise orgueil, colère, paresse, et s’offre pour la cause de l’humanité en victime volontaire.
Je nomme libre cet esprit qui n’est pas passivement dirigé par les circonstances externes, qui n’est pas balayé par le torrent des évènements, qui n’est pas le jouet des pulsions accidentelles, mais qui plie les évènements vers le mieux et qui agit mû par un élan profond partant des principes immuables qu’il a délibérément adoptés.
Je nomme libre cet esprit qui grâce à la confiance en Dieu et au pouvoir de la vertu, s’est défait de toute crainte hors celle de faire le mal, qu’aucune menace ou danger ne peut aliéner, qui reste calme dans le tumulte et reste sous contrôle alors que tout le reste est en perdition.
Je nomme libre cet esprit qui résiste aux chaînes de l’habitude, qui ne se répète pas mécaniquement, recopiant les choses passées, qui ne vit pas sur les vieilles vertus, qui n’est pas l’esclave du règlement en oubliant ce qu’il recouvre, qui est à l’écoute des avertissements de la conscience, et se réjouit de contribuer à de nouveaux et enrichissants efforts.
Je nomme libre cet esprit qui est jaloux de sa propre liberté, qui prend garde de se laisser immerger chez les autres, qui maintient son empire sur soi-même comme supérieur en noblesse à un empire sur le monde…"



    Channing a ouvert la voie du transcendantalisme par son enseignement, dont Ralph Waldo Emerson (1803-1882) en 1838 ouvrait la Divinity School et le mouvement Transcendentaliste. Dans l'été de cette année, Emerson a été invité à prêcher un sermon devant la classe des diplômés de l'Ecole de Théologie. Seulement une petite partie était présente, mais le discours qu'ils ont entendu a commencé une nouvelle époque dans l'Unitarisme Américain. Il a amené à ses jeunes auditeurs le message du Transcendantalisme comme s'appliquant à la religion.
    Mais Channing a peu adhéré au mouvement, qui pour lui risquait de détourner les jeunes ministres de certaines bases chrétiennes. Cette nouvelle génération de ministres, affichait plutôt un transcendantalisme d'ouverture vers divers centres d'intérêts et se rebellait contre l'autorité externe et les vieilles traditions de pensée et de faire.

    Le ministre Samuel Hopkins, quand il était jeune l'avait touché quand il évoquait l'esclavagisme, et ceci eut certainement une importance et dès 1825 Channing évoquait ce fléau à plusieurs occasions. Lors d'un voyage aux Indes, en 1830, en raison de sa santé, il fut stupéfait par la condition d'injustice et de cruauté qui sévissait alors, et sera pour lui l'objet d'un combat tout du long des jours qui lui restaient à vivre et à y consacrer. Pour Channing, La plaie de l'esclavagisme, en tout cas moralement répréhensible, rappelait la nécessité d'un profond examen du fondement, de la nature et de l'étendue des droits de l'homme et que l'émancipation de l'esclavage ne devait pas se produire par l'intervention gouvernementale, mais plutôt au moyen d'une prise de conscience publique sur le problème et avec des moyens pacifiques. En 1835, Channing à publier un ouvrage 'L'esclavage', dans lequel il revendiquait ses postions, en autre que les droits de l'homme tiennent dans sa nature morale créée par Dieu et non pas de la société. Le 1 août, 1842, Channing a célébré l'anniversaire de l'émancipation des esclaves en Indes occidentales britanniques et a réclamé la fin de l'esclavage aux Etats-Unis.

    Deux mois plus tard, le 2 octobre 1842, Channing mourait à Bennington, dans le Vermont.
 


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Cliché : channing New Englend Magazine
'Spiritual Freedom' de 1830 : extraits traduits en français par Christian Phéline
Sources : L'Unitarisme et l'Universalisme de A. Blanchard-Gaillard ; Unitarian Universalist Historical Society ; Dizionario

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