Budny Simon (1533-1584)

Publié le par didier Le Roux


         Budny Simon naquit en 1533 dans une famille de religion orthodoxe près de Zabludnae en Biélorussie (faisant partie du Commonwealth Polonais Lituanien) qui est le Belarus actuel. Il grandit à la cour royale de Biélorussie et de la famille protestante de Gryhory Hadkevich (voivod de Kieu).

    Il étudia à l’université de Cracovie. Philosophe et humaniste, doté d’une grande culture, il ne parlait pas moins le biélorusse, le polonais, le grec, le latin et l’hébreu. Il apprit par la suite la langue italienne et suisse. Pendant ses années d’études, il fit connaissance de certains disciples de Socin,
Biandrata et autres unitariens qui trouvèrent refuge en Pologne où ils purent vivre et parler librement après avoir été proscrits par les catholiques et certains protestants. Il est reconnu que les idées de Budny S. provenaient en grande partie du médecin et scientifique Michel Servet qui fut brûlé en 1553 à Genève pour hérésie.

Radziwill Nicolas ‘le noir’ invita Budny S. à remplacer le pasteur de la nouvelle église calviniste de Klech. Sur deux pôles d’intérêts, Budny S. travailla à partir de cette période, sur un catéchisme et sur la traduction de la Bible.

    Son catéchisme protestant fut édité en 1562 dans le district nord de Niasvizh dans la région de Miesk dans l’une des maisons d’imprimerie dont Radziwill Nicolas était à l’origine de son organisation ainsi qu’Astap Valpovich, Macej Kavechynskij, le prêtre calviniste de Niasvizh et lui-même.
Budny S., favorable à l’utilisation des langues locales au sein des églises édita son catéchisme en alphabet Cyrillic (langage slave), en version archaïque de ce qui est maintenant la langue du Belarus.
« Si bien que l’altesse du duché qui appréciait les langues étrangères tomba amoureuse du langage Slave antique… De sorte que cet exemple fut suivi par bien d’autres et la patrie et sa langue maternelle étaient gages de futur et d’espoir. Le langage Belarus implanté dans l’état et la religion fut l’un des principaux arguments en faveur de la réforme de ce pays. En leur temps et uniquement pour le service les orthodoxes d’aujourd’hui utilisent le vieux slave (près du bulgare), et les catholiques quant à eux parlaient le latin (plus tard le polonais). »
Le catéchisme de Budny S., qui avait pour but d’expliquer le christianisme, fut rédigé sous forme de questions et réponses en 4 parties : 10 amendements, sur le symbole de la croyance, au sujet de la prière que l’on adresse à Dieu et sur les rituels.
Son travail fut dirigé contre le christianisme orthodoxe. Budny S. critiqua le bas niveau d’éducation et intellectuel des prêtres : « il n’est pas nécessaire d’écrire beaucoup à ce sujet, puisque nous savons tous vu quel genre de professeurs que nous avons de nos jours. Il est plus aisé de pleurer que de les décrire. »
A l’encontre des prêtres, Budny S. eut comme grief le fait de ne pas expliquer la signification des enseignements chrétiens aux croyants et de ne pas prêter toute l’attention qui est due aux rituels. 

 
biblibudny.gif   En parallèle, Budny S. s’employa à la traduction de la Bible en polonais qui fut éditée dans la même imprimerie que pour son catéchisme à Niasvizh en 1572 et financée par Michal Kawieczynski. Il fut motivé de faire une nouvelle traduction de la Bible suite à son observation des versions en circulation qui ne s’appuyaient pas sur les textes originaux. Plus particulièrement, il reprocha aux traducteurs de la Bible de Brest (Brzeska ; 1563) de s’être appuyé sur la Vulgate et d’autres versions modernes, et en définitif plus attachés à rendre un polonais élégant qu’un rendu fidèle des saintes écritures. Au sujet de la Bible de Brest, les réformateurs suspectèrent des interprétations sociniennes et les sociniens se plaignirent du manque de précision. Il entreprit donc un travail de traduction à partir de l’hébreu, du grec, et du latin vers le polonais.
Budny S. reconnut la qualité des rabbins juifs par comparaison qui essayèrent d’expliquer au mieux l’ancien testament. Il fut souvent associé aux disciples juifs et en était un grand ami. De sa connaissance de l’hébreu, il s’intéressa à la littérature hébraïque et Hezekiah David Abulafia le mentionna dans son travail « Ben Zekuniam » dans les mots suivants : « Il y a un autre homme sage du nom de Budny Simon, qui loue beaucoup le Talmud et le considère étant le meilleur travail de toutes les littératures. »

    Budny S. abandonna la foi calviniste et s’orienta vers les idées anti-trinitaires du socinianisme dont il fit référence dans son livre « O opravdanii greshnogo cheloveka pred Bogom (de la justification des pécheurs devant Dieu).»
Dans sa traduction de la Bible de 1572, Budny S. apprécia des changements mais qui ne furent pas autorisés et décida d’éditer en 1574, uniquement pour le nouveau testament, une version qui évitait la Trinité selon ses nouvelles convictions.
Ces actions ne restèrent pas sans conséquences ; lors d’un synode calviniste il fut prononcé des sentences dont la révocation de son poste de pasteur conclu par un brusque renvoi de son ancien protecteur Radziwill Nicolas.
Coupé de toutes sources, Budny S. se retrouva très vite dans une position financière délicate voir désastreuse ayant utilisé toutes ses disponibilités dans sa traduction de la Bible et de son catéchisme ce qui l’obligea à quitter Klech. Il semblerait qu’il essaya de regagner, avant son départ, faveur auprès de Radziwill Nicolas prêt à se détacher du socinianisme, mais ce dernier refusa. C’est vers Jan Kiszka, magnat (propriétaire foncier) dans la région Samogitia (région occidentale de Lituanie) et protecteur des penseurs anti-trinitaires, comme
Gonesius qui trouva refuge auparavant, que Budny S. se tourna et fut accueilli. Dans les terres de Kizka, Budny S. se dépensa énormément à répandre ses convictions et pratiqua un prosélytisme d’envergure. Incontestablement Budny S. devint le leader des anti-trinitaires de Lituanie.

    Dans le Commonwealth polonais lituanien une division s’opéra entre les unitariens au sujet de la non adoration du Christ. Deux factions se firent dont la première attachée à l’enseignement de Socin avançait « que la puissance donnée par Dieu à l’homme au dessus de sa nature, constitue sa ressemblance à Dieu, ainsi la puissance donnée par Dieu au Christ constitue sa divinité. Pour cette raison le Christ peut être adoré, bien qu’autrement il reste un vrai homme. » De plus pour Socin la non adoration du Christ serait équivalente à un retour au judaïsme.
La deuxième faction dont appartenait le groupe lituanien de Budny S., au même titre que
David Ferencz en Transylvanie fut appelé « les non adorants », refusant l’adoration du Christ considérant qu’il n’est pas vraiment Dieu et que par conséquence cette pratique est ni plus ni moins de l’idolâtrie à un humain. Ce groupe pensait avoir une position plus réaliste envers les autorités et ses nobles qui conservèrent leurs postes au gouvernement. Pour cette position, Budny S. fut excommunié tant des catholiques que des calvinistes.

    Au sujet de la non adoration, en 1584, dans l’année de la mort de Budny S. dont nous n’avons pas plus de précision, il y eut un concile qui permit une légère réconciliation des deux factions. Bien que la continuité de son engagement se retrouve dans les années qui suivirent son décès, ses travaux restent rares, les catholiques ayant rassemblés et brûlés tout ce qui émanait de lui.



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Cliché : Dizionario di eresie : Sources ; Myriobilos ; WikipédiA Encyclopédie ; Dizionario di eresie ; Correspondance Unitarienne ; Profils de libertés ; Ethereal librairy ; Jesuit www.cu.cam ; Herman Rosenthal ; Famous Bielarusians ; Bock. Historia Antitrinitariorum : traduction de l’anglais et de l’italien vers le français par Didier Le Roux.

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