Georges Blandrata

Publié le par didier Le Roux

Unitarian Universalist Historical Society (UUHS)

Message de Charles A. Howe et Peter Hughes.

Traduit en Français par didier Le Roux.


 

Giovanni Giorgio Blandrata (ou Blandrata) (5 mai 1516 - 1588), médecin et conseil aux cours d'Europe de l'Est, apporta les idées de Michel Servet et des réformateurs radicaux italiens aux réformes de Pologne et de Transylvanie. Il était l’un des organisateurs de la Réforme et de l’Eglise Unitarienne dans les deux pays et usa de son influence auprès des familles régnantes pour protéger les églises débutantes. Il travailla étroitement avec David Ferencz à la fondation du mouvement unitarien en Transylvanie. Blandrata G., fini par penser que les idées radicales de David, constitueraient une menace pour l’existence de l’Unitarisme en Transylvanie et porta des accusations à son encontre ; une action pour laquelle il était largement condamné.

Pendant les années 1551 à 1556, la Transylvanie se joignit à la Hongrie, déplaçant la Reine Isabelle et son fils
John Sigismund du trône. Blandrata G. se déplaça pour Vienne afin de négocier en faveur de la reine. En 1552 il revint en Italie, d'abord à Milan, puis à Mestre, près de Venise. Les nouvelles de l'exécution en 1553 de Michel Servet ont enflammé son intérêt pour la théologie. Il fut rappelé à Vienne dans la fin de cette année comme témoin à un procès pour meurtre. La victime, un cardinal, était un des conseillers d'Isabelle. Au moins jusqu'à cette époque il prit les sacrements de l'église catholique. Tout en pratiquant la médecine à Pavie, de 1553 à 1556, il devint dans le secret protestant. En 1556 il alla à Genève, se joignant à des humanistes italiens en plein essor de l’inquisition.

À Genève Blandrata G. rejoignit la congrégation protestante italienne récemment formée et en devenait rapidement un aîné. En tant que médecin, il soignait Jane Stafford, l'épouse anglaise de Celso Martinengo, prédicateur de l'église italienne, mais fut écarté de ce service après qu'il commença à l’interroger au sujet de la divinité du Christ. Influencé par le professeur de droit,
Matteo Gribaldi, italien et anti-trinitaire, qui plusieurs fois visita Genève, Biandrata adressait une série de questions à John Calvin, par exemple: "si le Dieu simple est une essence de trois personnes et Jésus ne l'a nullement indiqué ; pourquoi est-il caché et manifestement incompréhensible pour nous? Nous supplions qu’une personne puisse témoigner clairement à partir des écritures, où Dieu, ouvertement et sans aucun doute a indiqué : trois personnes en une. De même, s'il est autorisé de prier Dieu seul sans un médiateur? Où les apôtres nous indiquent à ce sujet?". Bien que dans un premier temps Calvin traita les questions persistantes de Blandrata G. avec tolérance, que par la suite il devient convaincu que le médecin italien est un faiseur de troubles. Blandrata G. et son ami, Giampaolo Alciati anti-trinitaire, lui aussi, furent avertis par le consistoire de Genève. Peu de temps après, effrayé qu'il était sur le point d'être arrêté, Blandrata G. se sauvait à Zurich. Il revint à Genève quand Alciati lui obtint un sauf-conduit. En 1558 il fut banni de la ville pour avoir refusé de signer la nouvelle confession de foi trinitaire, commanditée par Calvin. D'abord il prit refuge sur le domaine voisin de Gribaldi dans Farges, ensuite il se dirigea vers Berne puis Zurich. Après une tentative infructueuse de convertir le reformer Pietro Martire Vermigli (Peter Martyr) à ses vues, Blandrata G.fut forcé de se sauver, également de Zurich.

Blandrata G. accompagné de Lelios Socin, retourna en Pologne en 1558. Calvin écrivit pour avertir les protestants de Pologne en ces termes "Quel monstre Giorgio Blandrata G. est, ou plutôt, combien de monstres il stimule". Vermigli P. avisa par écrit les polonais que Blandrata G. , nie, de la même façon que son mentor Gribaldi, que le père et le fils soient de la même essence, faire une pluralité en dehors de Dieu est un tri théisme. Biandrata fut néanmoins bienvenue à la cour polonaise, où il obtint une position favorable de Bona Sforza, la reine douairière. Rapidement, Il renouvela des liens avec une ancienne connaissance, Francis Lismonino, qu’il connut pendant des années comme confesseur de la reine, mais devenu alors un leader protestant. Gagnant la confiance de Lismanino lors des traitements pour son épilepsie, Blandrata G. s'engagea dans de nombreuses discutions théologiques avec son patient et l’amena à douter de la Trinité.

En 1559 Blandrata G. se rendit brièvement en Transylvanie pour assister la Reine Isabelle qui était souffrante. A la fin de cette même année, Il repartit à temps pour être présent pour un synode. Pendant les nombreux synodes tenus par les protestants polonais, de 1558 à 1562, Blandrata G., fut un participant influent. Espérant éviter la théocratie de Calvin, il favorisa le "tri-théisme" de l'église. En 1562 il réussit à obtenir de l'église polonaise de limiter le vocabulaire théologique à la langue des écritures et de la foi Apostolique. C'était une mesure d’apaisement qui permettait la tolérance de beaucoup d'avis dont l’hétérodoxie qui ne pouvait plus être sujet à une investigation officielle.

Dans leurs tentatives de renverser l'influence de Blandrata G., les protestants conservateurs enrôlèrent l'aide de Calvin, qui écriva aux polonais les avertissant "qu'ils devraient prendre attention de ne pas avoir à souffrir de ce renard rusé qui se glisse en leur compagnie." Accusé de Servetianisme, Blandrata G. fut obligéé d'écrire une confession de foi personnelle : ‘ j'admets que je crois en un Dieu le père, en un seigneur Jésus le Christ son fils, et en un esprit saint, chacun est une essence de Dieu ’ce qui était biensûr opposé à ses convictions quand il déclarait : 'détester une pluralité de dieux, puisque pour nous il y a un seul Dieu, essentiellement indivisible. J'admets qu'il y a trois hypostases distinctes : le Dieu éternel, le fils et l’esprit saint en tant que personnes substantiellement distinctes des deux autres.'

En 1563, les conservateurs étaient devenus assez forts pour se scinder avec l'Eglise Protestante Polonaise. La position de Blandrata G. étant donnée comme chef promoteur de l’union libérale de la foi protestante, devenait injustifiable, et allait en Moldavie travailler pour Despote Jacob Basilicus. Dans cette même année, suivant l'assassinat de Jacob Basilicus, il accepta l'invitation du Roi John Sigismond II de devenir médecin à la cour de Transylvanie.

Blandrata G. possédait une des quelques copies qui survit du Christianismi Restitutio (christianisme restitué). Il persuada David F., qu'il avait obtenu du roi de le nommer prédicateur de cour, pour lire le Restitutio, ce qui accéléra la transition de David F. du calvinisme à l'anti-trinitarisme. En 1567 Blandrata G. et David F. collaborèrent à l'écriture et à l'édition De falsa et vera unius Dei patris, filii et spiritus sancti cognitione (la vraie et la fausse connaissance de Dieu), élaborant et partageant leurs opinions théologiques. Une histoire de l’anti-trinitarisme à partir de l’époque de D’Arius, De falsa et vera arguait le fait que l'anti-trinitarisme était la consumation de la réforme, et prévoyait la seconde venue du Christ pendant l'année 1570. Antonio Rotondò l'a appelée "un des plus importants travaux Italien du mouvement hérétique européen du seizième siècle".

Une autre co-publication de Biandrata et de Dávid F., Antithesis pseudo-christi cum vero uno illo ex Maria nato (l'antithèse entre le Pseudo Christ et le vrai né de Marie), était une version condensée de De falsa et vero. Dans l’année 1569 ils ont préparé De Regno Christi (du royaume du Christ) et De Regno Anti-Christi (du royaume de l'Anti-Christ), se composant en grande partie des passages pris de Restitutio de Servet. Un pamphlet de David contre le baptême des enfants était inclus en dépit de la désapprobation de Blandrata G.

En 1568, le Roi John Sigismond convoqua la Diète (l'assemblée des nobles) à Turda. La Loi de la liberté religieuse et de conscience adopté en cette occasion, fut considérée la première d’une telle prononciation dans le monde occidental. Plus tard dans cette année un synode général fut organisé à Gyulafehérvár, lors duquel David F. avec succès défendit la doctrine de l'unicité de Dieu contre les trinitaires. (Blandrata G. y participa également, mais se trouva moins efficace au cours de la discussion publique. En 1569, à une discussion à Nagvárad, il ne participa du tout en raison de son incapacité de parler hongrois). (...)

Dans l’année 1571 1a Diète reconnaissait formellement l’Unitarisme comme religion faisant partie des quatre reconnues par l’état avec David en temps qu’administrateur. Malheureusement, le roi, qui s’était converti à l’Unitarisme depuis peu, décéda dans un accident de chariots. Stephen Báthory, un prince catholique tolérant, a fut choisi comme nouveau prince de Transylvanie. Bien que David F. perdait sa position comme prédicateur de cour, Blandrata G. fut maintenu médecin de la cour. Lors de la deuxième Diète de Torda, en 1572, le nouveau régime confirma l'existence de la tolérance religieuse, mais interdit n'importe quelle nouvelle innovation religieuse.

Blandrata G. accompagna Báthory S. en Pologne dans l’année 1574, où ils firent campagne pour l'élection des princes au trône polonais vacant. Suite au succès de cette mission, en 1575, Blandrata G. était récompensé par le frère de Stephen, Christopher, le nouveau prince de Transylvanie, par le revenu de plusieurs villages. Plus pro-catholique que son frère, Christopher Báthory présenta le mouvement Jésuite en Transylvanie. En 1575, La position Unitarienne fut affaiblie suite à une rébellion, qui se transforma en défaite lors de laquelle beaucoup de nobles unitariens furent tués ou emprisonnés. À la cour, Blandrata G. travaillait pour protéger l'Unitarisme de la Contre Réforme qui se levait.

En 1578 Blandrata G. s’alarma des innovations que favorisait David F., particulièrement de la non adoration (ne pas adorer le Christ et ne pas lui adresser de prière) et pour l’antipédobaptisme. Il s'inquiéta que ces positions aient pour conséquence une action judiciaire répressive de l’état contre l’unitarisme. Il conseilla David F. d’abandonner la non adoration ou, au moins, de rester silencieux sur la question. À ses propres frais, il fit venir Faust Socin, le principal anti-trinitaire polonais, à Kolosvár pour discuter de la doctrine avec David. Après des discussions prolongées, ne parvenant pas à trouver un accord, l’affaire fut examinée par les frères polonais pour un jugement. Blandrata G. envisagea une église internationale reformée Unitarienne, embrassant les frères polonais, les unitariens de Transylvanie, et des églises de Moldavie et de Lituanie également. Quand David F. commençait à présenter des changements avant la décision polonaise, Blandrata G. s’irrita et renonça à David F., l’incorrigible.

À l'instigation de Biandrata, la Diète s’assembla à Gyulafehérvár en 1579 pour juger David F. pour motif d’innovation religieuse. Socin F. assista à l'épreuve, mais n'y participa pas. Comme conseillé en chef du prince, Biandrata mena le débat, accusant David d'embrasser le judaïsme par son refus d’invoquer le Christ. David F. arguait du fait que parce qu'il avait tenu ses vues avant que la loi d'innovation soit promulguée, aucune violation ne s'était produite. Quand David F. pénétra dans la cour pour entendre la décision, Blandrata G. l’embrassa, une action largement désignée plus tard sous le nom du "baiser de Judas". Condamné à l'emprisonnement à vie, David F. mourut quelques mois plus tard dans le Donjon d’un château de montagne à Deva. Pour beaucoup de Transylvaniens et tout autres unitariens, David devenait rapidement, et restait, un martyr et un héros.

La polémique surgissait presque immédiatement au sujet des motifs de Biandrata. Une défense pour David F. fut éditée anonymement, dans laquelle on prétendait qu'il avait mené un complot contre son ancien ami en raison de la jalousie et d'autres raisons personnelles. Dans une lettre à Jacob Palaeologus, Blandrata G. se défendait, disant qu'il était moins concerné par les doctrines de David F. que par les conséquences politiques pour l'Eglise Unitarienne.

Blandrata G. assuma rapidement le commandement du mouvement Unitarien de Transylvanie. Il parvint à convaincre la majorité des pasteurs d'adopter une confession de la foi concédant que le Christ devait "être honoré et adoré". Il concevait une nouvelle discipline d'église, reconstituant le baptême des nouveau-nés et la communion des enfants. Sur sa recommandation, Báthory nomma le conservateur unitarien, Démétrius Hunyadi, en tant que nouveau surveillant des unitariens. Dans le climat politique plus répressif des années suivaient la mort de David F., la position modérée adopté par les unitariens sur le conseil de Blandrata G., aida à assurer pour leur survie.

Le mouvement Unitarien se développa rapidement sous la conduite de Hunyadi, mais le ressentiment et l’irritation de Blandrata G., l’obligèrent sous peu de retirer sa participation. Il continua de servir comme médecin à la cour du prince en grande partie catholique, où les Jésuites essayèrent sans succès de le convertir. Bien que son silence au sujet des affaires religieuses des années postérieures, son allégeance à l’unitarisme est demeurée: son domaine substantiel fut laissé à son neveu Giorgio, à condition qu'il restait vrai à la foi unitarienne. Après sa mort ses ennemis répandirent la rumeur que son neveu, impatient d'hériter, l'avait asphyxié dans son sommeil.

Bien que sa réputation fut longtemps ternie, il est clair que Blandrata G. joua un rôle plus important que David F. en établissant l'Eglise unitarienne en Transylvanie, qui survécut bien plus de quatre siècles.


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